dimanche 7 novembre 2010

Les Carnets retrouvés (1968-1970), de Dang Thuy Trâm


Dang Thuy Trâm fut une jeune femme médecin qui, à 25 ans, ses études à peine terminées, fit le choix de partir dans le sud de son pays, le Vietnam, pour soutenir ses "frères" engagés dans la lutte contre les envahisseurs américains. Pendant deux ans, elle tint un journal intime, dans lequel elle raconte son quotidien : les morts, les doutes, les besoins d'amour, les amitiés profondes, l'attachement au Parti, etc.
Elle mourut, comme tant d'autres, tuée par une balle ennemie. Et, ironie du sort, c'est un Américain qui retrouva ses carnets, et fut à l'origine leur publication.
S'il est parfois difficile de se repérer dans les personnages parce que l'auteur les appelle tous ses "frères", cette lecture vous immerge sans fard non seulement dans la guerre du Vietnam, mais certainement dans le quotidien de toute guerre.

Critique publiée sur la page "livres" de Paris-Normandie

samedi 6 novembre 2010

La Mort heureuse, d'Albert Camus


Ce premier roman de Camus, inachevé et publié après sa mort, est considéré comme l'étape préparatoire de L'Etranger, et de fait on trouve un certain nombre de similitudes : le nom du personnage, (Mersault), Alger, le sentiment d'étrangeté éprouvé par le "non héros", etc. Mais c'est en même temps très différent : beaucoup plus bavard, surtout.
Je n'ai pas beaucoup aimé ni beaucoup compris, même si la sensualité présente fait partie à mon sens de l'intérêt principal de cette lecture ; mais cela m'a surtout fait apprécié encore plus L'Etranger, qui persiste à être pour moi un chef d'oeuvre parmi les chefs d'oeuvre. Par contraste, j'ai encore plus admiré le souvenir de la concision de l'écriture de L'Etranger, sa pureté, sa sobriété, son incroyable puissance.

Des Souris et des hommes, de Steinbeck


Un classique, parmi d'autres, que je n'avais jamais lu. Et que je connaissais peut-être quand même trop bien puisque je n'ai pas été bouleversée. Peut-être est-ce dû à la transposition dans une autre langue : le langage cru est difficile à transcrire, et manque de naturel. Quant à cette magnifique histoire d'amitié, je la connaissais, alors il n'y a pas eu de surprise ni d'émotion nouvelle. Oui, c'est beau. A lire quand on a 15 ans surtout, et à garder tel quel en mémoire. Aujourd'hui, c'était trop tard pour la magie.

vendredi 5 novembre 2010

Frédéric Chopin, l'âme du piano, de Claude Clément


Le genre : biographie

Mon avis : Avis mitigé. Si cette biographie se lit sans déplaisir, si même on en apprend beaucoup (en partant de zéro) sur la vie de Frédéric Chopin, ce livre à mon avis souffre d'un genre mal défini.
Je m'explique : si l'auteure est manifestement très bien documentée et que son récit est riche de détails et d'une connaissance de l'oeuvre de Chopin, on se sent à cheval entre la froide biographie chronologique, la tentation du romanesque ou encore celle de l'analyse approfondie de son art. Du coup, les trois dimensions cohabitent sans que l'une ou l'autre s'affirme franchement, et "l'âme de Chopin" nous échappe un peu...

lundi 1 novembre 2010

Les Pieds dans la boue, d'Annie Proulx


Avis aux amateurs de la vision d'une Amérique crue et vraie : ce recueil de nouvelles qui vous immergent au fin fond du Wyoming américain est plein de sueur, de poussière, de cruauté et de beauté.
Les onze petits récits contenus dans "Les Pieds dans la boue" (du nom de la première nouvelle) ont en commun de dresser le tableau d'une région où règnent la bestialité et la misère. Le regard que porte Annie Proulx n'en est pas pourtant moral ou douloureux, au contraire : c'est dur, mais c'est plein de puissance et de souffle. On perçoit la dureté du climat aussi bien que la rugosité des moeurs, mais on n'éprouve pas pour autant de dégoût ou de pitié. Telle une succession de documentaires magnifiés, l'auteur célèbre une région âpre et authentique, pleine d'excès, râpeuse comme du papier de verre, mais belle comme un incendie.
La dernière nouvelle est "Brokeback Mountain", cette histoire d'amour entre deux cow-boys, que le réalisateur Ang Lee a porté à l'écran.

Critique publiée sur la page "livres" de Paris-Normandie

lundi 25 octobre 2010

Easter Parade, de Richard Yates



Ce romancier très célèbre aux Etats-Unis et semble-t-il peu connu en France mérite de gagner ses lettres de noblesse chez nous aussi ! Dans ce roman (le cinquième) intitulé "Easter Parade", Yates raconte le destin parallèle mais divergent de deux soeurs, dans l'Amérique du milieu du XXe siècle. Marquées toutes deux par le divorce de leurs parents et par l'instabilité de leur mère pendant leur enfance, Sarah et Emiliy prennent néanmoins deux voies très différentes une fois parvenues à l'âge adulte : Sarah, l'aînée, se "range" et fonde un foyer modeste qui lui sert de bouclier et de repère. Emily, la cadette, fait des études et multiplie les liaisons plus ou moins éphémères. On suit leur existence de bout en bout, en observateur de leurs espoirs et de leurs désillusions.
Chronique douce-amère de toute une époque, mais aussi de la féminité, ce roman qui se lit d'un trait est à la fois limpide et émouvant, triste et cru. On ne verse jamais dans l'excès ni dans le banal, l'on s'accroche simplement à ces personnages ordinaires mais croqués avec tendresse et réalisme, qui cherchent simplement à vivre.

Critique publiée sur la page "livres" de Paris-Normandie

dimanche 24 octobre 2010

L'Oeil du lapin, de Cavanna


Le genre : autobiographie

L'histoire : Cavanna, après Les Ritals, reprend le récit de son enfance, de 4 à 15 ans, en se concentrant cette fois davantage sur l'image de sa mère.

Mon avis : j'adore ce mec. Au bout de la première page, j'étais déjà profondément émue. On est de bout en bout dans l'émotion la plus pure, la plus belle, jamais dans le misérabilisme, ni dans le facile ni dans le mièvre. Son père, parce qu'il ne peut manifestement pas être autre chose qu'immense, est bouleversant à chaque fois que Cavanna le fait parler avec son accent italien impossible, même si c'est parfois agaçant à lire. On ne peut qu'éprouver de l'admiration pour la force d'âme de sa mère. Bref, c'est débordant d'une violente tendresse. Ce type est un génie de l'écriture.